L’affaire Patrick Dils

 

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Le dimanche 28 septembre 1986, vers 20h, des policiers découvrent les corps d’Alexandre Beckrich et Cyril Beining, allongé sur le dos, l’un à côté de l’autre, près d’une voie de manœuvre de la SNCF, à quelques centaines de mètres de leurs domiciles respectifs. Les enfants ont eu le crâne fracassé à coups de pierre. Le pantalon de l’un des garçonnets est baissé. La nature des blessures, le fait que les visages des deux enfants aient été rendu méconnaissable, la marque profonde fait dans le sol meuble par la tête de l’un des enfants, tout indique l’acharnement et l’extrême violence du ou des assassins.

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Il n’existe aucun témoin direct des faits. D’après leurs parents, Cyril et Alexandre, qui ne se connaissaient pas, était parti en fin d’après-midi faire un tour en vélo. Après avoir fait connaissance par l’intermédiaire d’un petit camarade commun, David, ils étaient montés jouer sur un remblai haut de quelques mètres, prêt des voies de garage de la SNCF. Les enfants du quartier avaient l’habitude, dit-on, de venir jouer à cet endroit, surnommé le talus, dissimulé au regard par des arbustes.

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Les parents d’Alexandre c’étaient inquiété les premiers du retard de leur fils. Un enfant timide qui ne s’éloignait jamais de la maison familiale. Grâce au témoignage de David, ils entrent en contact avec les parents de Cyril. Les deux couples, qui ne se connaissent pas, retrouvent rapidement les bicyclettes abandonnées au pied du remblai. Mais les enfants sont introuvables. Les parents appellent la police et c’est une patrouille qui fait, quelques minutes plus tard, la macabre découverte.

Jamais un tel drame ne s’était produit à Metz. Les habitants sont en état de choc !

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Dès lundi au petit matin, 23 enquêteurs sont mobilisés sur l’affaire. Dans les semaines suivantes, ils procèdent à plus de 500 auditions. L’inspecteur Bernard Varlet, saisie de l’enquête, constitue ses équipes, et lance les premières investigations. Moins de 48 heures plus tard, un renseignement anonyme parvient aux enquêteurs. « Vous devriez vous occuper de la famille Dils. Il y a un contentieux avec les voisins ».

Les Dils habitent effectivement à côté de la famille Beckrich. A priori rien n’aurait dû mêler Patrick Dils, un adolescent calme, introverti, faible, à ce crime abominable.

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Le dimanche, il était parti en voiture pour la journée avec son père et sa mère. Ils étaient rentrés chez eux vers 18h45. Or, selon la première estimation du médecin légiste, le double crime aurait été commis entre 17h30 et 18h20 au plus tard.

Les policiers s’intéressent pourtant en priorité à Patrick, 16 ans et demi, car il prétend être sorti que cinq minutes dehors, après son retour, alors que son père à lui a évalué cette absence à un quart d’heure. Pressé de questions, Patrick Dils fini par dire qu’il est allé fouiller la benne poubelle, à proximité, à la recherche de timbres pour sa collection. Or, La benne se trouve à quelques pas du fameux talus où le double crime a eu lieu. Alors la machine policière s’emballe.

La famille Dils est mise une première fois en garde à vue. Les déclarations de la mère et du père sont toujours contradictoires, concernant le temps d’absence de Patrick. Quelques minutes selon la mer, un quart d’heure toujours pour le père.

7 mois plus tard, 20 avril 1987, Patrick est à nouveau entendu. Pourquoi les enquêteurs s’intéresse-t-il à nouveau à l’adolescent ? Le 24 avril, une voisine, qui habite à un peu plus de 150 mètres des lieux du crime, se manifeste auprès des enquêteurs. Elle se souvient, dit-elle, avoir entendu des cris et des pleurs d’enfants vers 19h50, le 28 septembre. Elle est certaines de l’heure car, dit-elle, c’était la fin du film qu’elle regardait à la télévision. Cette précision change tout pour les policiers, qui ont le jeune Patrick dans le collimateur depuis le début de l’affaire. Le créneau de l’heure du crime passe désormais de 18h20, heure à laquelle le jeune était encore en voiture avec ses parents, de retour de weekend, à 18h50. La famille Dils a déclaré être à son domicile à partir de 18h45. Mais il est fort possible qu’il soit arrivé à Montigny peu après 18h30.

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Patrick Dils passe toute une nuit en garde à vue et, le lendemain, après un petit déjeuner copieux, et la promesse de pouvoir rentrer chez lui pour se reposer, il avou le double meurtre. Pendant 2h30, il raconte avec moult détails, parfois sordide, comment il a agi. Les policiers se diront estomaqué par les détails précis que leur donne le jeune homme, entre autres la place des corps sur la scène de crime et l’Ordre d’utilisation des pierres ensanglantées, abandonnées à côté des cadavres. Patrick avoue mais, en revanche, il est incapable de fournir le moindre mobile.

Les policiers passent outre.

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Dans la même journée, Patrick répétera sa confession devant sa mère, dans les locaux du commissariat où ils se croisent, puis à d’autres enquêteurs, en présence de ceux qui ont recueilli ses aveux du matin.

Il est inculpé d’homicide volontaire et écroué. Il confirmera ses aveux devant le juge d’instruction à qui il est présenté hors de la présence d’un avocat. Il ne manifestera par la suite aucune révolte ni larmes de démenti. Il participera le 7 mai a une reconstitution judiciaire où il confirmera ses aveux. Il commet cependant dans son récit, un certain nombre d’erreurs factuelles, qui ne sont pas cohérentes avec les constatations faites sur la scène de crime. Des erreurs ou des incohérences, qui seront relevés plus tard, beaucoup plus tard. Au total, Patrick Dils réitère ses aveux à six reprises.

Un mois plus tard, le 30 mai, Patrick Dils revient sur ses déclarations. Il évoque son innocence pour la première fois, dans une lettre qu’il envoie à la juge d’instruction et à son avocat. Dans cette lettre, avec son écriture d’enfant, il décrit la manipulation policière dont il dit avoir été l’objet. Il expliquera plus tard, je le site, « les réponses étaient dans les questions posées ! » Et il précisera qu’il lui avait suffi de regarder les articles de journaux et le plan des lieux punaisé sur les murs du commissariat pour donner toutes ces précisions. Il ajoutera « pour un policier habitué à faire craquer des récidivistes, c’est l’enfance de l’art de faire dire n’importe quoi à un enfant. ».

Malgré tout, personne ne croit à son innocence et il est jugé à huis clos par la cour d’assises des mineurs de la Moselle en janvier 1989. Son attitude générale déplaît aux jurés. Il ne fait pas grand-chose pour se rendre sympathique. Il ne dit rien, ne s’explique pas ou mal. Ses explications paraissent embrouillées. Le 27 janvier, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. La Cour ne lui reconnaît pas l’excuse de minorité. Il n’a pourtant que 18 ans. Son pourvoi en cassation est rejeté. Il devient le plus jeune condamné à perpétuité de toute l’Europe. Son cauchemar va durer 15 longues années.

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Les années passent. En 1997, un ancien gendarme de la section de recherche de Rennes entre en contact avec l’avocat de Patrick Dils. Il lui apprend qu’en 1992, lors d’un interrogatoire de Francis Heaulme, soupçonné d’une douzaine de meurtre, celui-ci aurait évoqué sa présence sur les lieux du double crime de Montigny les Metz. À l’époque, il habitait chez sa grand-mère, à quelques kilomètres de là. Il travaillait depuis quelques jours à 400 m de la voie ferrée. Au cours de son récit, Heaulme avait décrit les lieux en détail.

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Cette révélation est un véritable coup de tonnerre dans l’affaire. L’avocat et l’association de soutien qui s’est créé après la condamnation de Patrick Dils la rendent immédiatement public.

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Premières conséquences concrètes en avril 1998, la Cour de révision annule la condamnation de Patrick Dils. C’est une première judiciaire en France ! Le 21 juin 1999, la commission de révision des condamnations pénales, présidée par Henri Le Gall, constate que les éléments apportés étaient totalement inconnus du dossier de la cour d’assises des mineurs en 1989 et qu’ils ne peuvent que faire douter de la culpabilité de Patrick Dils. Il accepte de soumettre le dossier de Dils à la chambre criminelle de la Cour de cassation siégeant en Cour de révision. Elle en déduit qu’il faut ordonner de nouvelles investigations et procéder à de nouvelles auditions des témoins déjà entendus en 1986 et 1989, mais en les confrontant aux déclarations de Francis Heaulme.

Le 21 avril 2001, la Cour de révision annule la condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité de Patrick Dils mais refuse de le remettre en liberté en attendant un nouveau jugement. Le 20 juin 2001 s’ouvre un nouveau procès, devant la cour d’assises des mineurs de la Marne. Patrick Dils est alors âgé de 31 ans. Francis Heaulme comparaît comme simple témoin. Il refuse d’endosser la responsabilité du double meurtre, malgré les soupçons qui pèsent sur lui. Patrick Dils et lui se regardent longuement ; Heaulme souhaite même bonne chance à Patrick Dils avant de sortir. La cour, le 29 juin 2001, le condamne à vingt-cinq ans de réclusion criminelle, à la surprise générale. Les journalistes avaient déjà préparé leurs articles, annonçant son acquittement, à partir du moment où l’avocat général avait fait part de son intime conviction : selon lui, Patrick Dils ne pouvait pas être le coupable. Il n’aurait pas eu le temps de commettre ce crime. Condamné à nouveau, Patrick Dils fait appel.

 

Le 8 avril 2002, s’ouvre le troisième procès devant la cour d’assises des mineurs du Rhône. La loi permet désormais au procès de se tenir en public. La foule se presse au tribunal. En majorité, l’opinion publique est favorable à Patrick Dils, qui se présente sous une apparence nouvelle, sans lunettes fumées, recoiffé, détendu. Francis Heaulme est à nouveau entendu, avec des témoignages à charge pesant contre lui. Des témoins déclarent devant la cour d’assises de Lyon l’avoir aperçu couvert de sang le jour des faits, ce qu’il confirme lui-même à la barre, affirmant être tombé de vélo. Pour la première fois, Patrick Dils parle des tourments endurés en prison : il a été battu, bafoué, violé même. Il revient sur ses aveux, très circonstanciés, qui ont été l’une des seules preuves. On ignore encore exactement pourquoi Dils s’est d’abord accusé lui-même, au début de l’affaire. Des preuves sont produites par la gendarmerie, démontrant que Patrick Dils n’a pas eu le temps de commettre ce crime : les enfants seraient morts vers 17 h alors que Patrick Dils n’est rentré chez lui que vers 18 h 45. Le 23 avril 2002, l’avocat général se livre, en près de trois heures, à l’analyse du dossier pour expliquer pourquoi tout lui paraît douteux. Le jury délibère et Patrick Dils est acquitté le 24 avril 2002. Il sort de prison le soir même à 22 h 10.

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Des gardes du corps, rémunérés par TF1 à qui l’avocat de Dils avait accordé l’exclusivité, entourent la famille Dils, empêchant les journalistes de les approcher. Finalement, Patrick Dils peut s’exprimer devant les médias, faisant part de son bonheur de retrouver la liberté, enfin.

Bien qu’il soit difficile, sinon impossible, d’indemniser la réprobation, l’atteinte à l’honneur, la privation de liberté, l’arrêt brutal de sa scolarité, l’arrachement à l’affection de sa famille et les violences subies en prison, l’avocat Jean-Marc Florand chiffra à plus de 10 millions de francs le préjudice de Patrick Dils.

Patrick Dils reçut finalement un million d’euros (700 000 euros au titre de l’indemnisation de l’État concernant son préjudice personnel, ainsi que l’indemnisation de ses proches et de ses frais de justice) Et, grâce aux négociations de son avocat, toucha aussi une forte somme d’argent (au montant jamais révélé) en ayant accordé, le jour de sa libération, l’exclusivité de ses déclarations publiques à TF1. Patrick Dils devait toutefois déclarer : « J’aurais préféré ne pas toucher un centime et ne pas avoir vécu toutes ces galères. Ce n’est pas un pactole comme on en décroche au Loto. Ce que j’ai vécu ne se chiffre pas. » Il ajoute : « Je peux avoir des coups de blues, notamment quand je pense à toutes ces années que l’on m’a volées. J’ai été incarcéré entre 16 et 32 ans ; cette partie-là, on ne me la rendra jamais. On ne reconstitue pas une cigarette qui s’est consumée ».

 

Sources :

– « Les grandes affaires criminelles pour les nuls » de Jacques Pradel

Couverture du livre : Les grandes affaires criminelles pour les Nuls

– Wikipédia

 

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